Périples Nyege_Nyege – Kigali

Bon voilà… il est dimanche vers 15 heures, troisième journée du festival. Un pote avec qui j’étais dans le bus me dit “Paraît que le bus part à 20h.” Je continue à touner autour du festival. Je me pose devant la scène, tranquille. Je me retourne et il y a une colonne de gens assis sur des sortes de moquette en caoutchouc. Je reconnais certains visages. “Tiens! C’est le gars du bus!” Je dis gars parce que je ne sais pas c’est quoi son rôle mais il faisait le manager depuis Kigali. Nul comme manager. Mais de nul quoi. Le gars est arrivé avec 2h de retard à Kigali le jour du départ. Il me dit “Tiens toi prêt. On part à 18h.” Je suis content! J’ai hâte de rentrer. C’est quand même trop plus de 48h de EDM dans les oreilles.

Vers 17:30 il commence à pleuvoir un peu. Tout le groupe bouge vers la sortie. On attend le bus. Il pleut de plus en plus.
19:00 le manager passe à côté de moi, je lui demande “Il arrive dans combien de le bus?” Il me dit “dans une heure. Ou plus!” Il sourit le connard. J’ai envie de l’étrangler mais il est plus grand, plus fort et il a le bus. Sinon je rentre comment avec mes 6000 shillings? Même pas assez pour m’acheter du sel pour rincer la bouche au cas où il me casse la gueule.
21:00 il pleut beaucoup. On est toujours à la sortie. Pas de bus. Je dis à un pote, “On va se manger un Rolex?” Lui il a un gros sac et ne veut pas le laisser tout seul. Moi tu sais, le seul truc qui pèse dans mon sac c’est mon phone. Je mets ma serviette sur la tête et je vais acheter un Rolex dehors vers le parking. Pendant qu’on me fait mon rolex, le bus arrive. Le groupe fait la queue près de la route sous la pluie. Quatre mecs essayent de guider le chauffer pour tourner le bus. Ils essayent une manoeuvre qui me paraît bizarre mais je me dis “Ok!” Je mange mon rolex. Puis je vais aux toilettes dans le bar du parking. C’est un bar qui a l’air d’une maison d’habitation où on jouait de la musique courante. Il y avait jamais personne. Même pas le pied de l’esprit de Nyege Nyege. Alors je suis davant les toilettes. Pas de poignet sur la porte mais assez serrée pour fermer. Il y a de la lumière dedans. Je me dis qu’il y a quelqu’un. J’attends près de 5minutes. Personne ne sort. Je frappe à la porte. Rien! Je faufile mes doigts entre les trous du poignet et je tire. “Oh un trou belge! En plus c’est propre.” Je baisse mon pantalon et oublie le bus pendant quelques minutes.
Je sors. Quand j’arrive à la sortie, le bus n’est plus là. Je panique. “Le bus est parti, Afande?” Le policier me répond “Oui. Au fond là bas!” Merde! Merde!! Et merde!! Je me mets à courir. Je vois les phares de loin. Je cours encore plus vite. Quand j’arrive, et bien il cherche toujours comment tourner. Tout le monde attend avec autant d’impatience que tu peux imaginer.  Finalement il y arrive.
On entre dans le bus. Personne ne parle à personne. Je me pose sur mon siège, respire un coup et fais un profond dodo. Je ne sais pas combien de tems ça a prit mais quand j’ai ouvert les yeux il y avait une dame ougandaise qui annonçait “Excuse me please! Can you please get off the bus so it can lighten up?” Je suis confus. Light? Il y a de la lumière dans le bus. Là les gens ont dit des trucs dans leurs langues maternelles. Bon je descend. C’est là que je me rend compte qu’on est dans la merde. Les pneus arrières gauches sont coincés dans la rigole. À chque fois que le chauffeur appuie sur l’accélérateur, ils s’en foncent encore plus. Ce n’est que tard quand je m’éloigne du bus que je réalise que les pneus à droite flotte en l’air.
“Guys we need to make a decision. Either we stay on the bus and wait or we get taxis to Kampala and get another bus” un mec dit au reste qui pense à leurs jobs du lendemain. Moi je pense à mon porte-monnaie qui n’est que porte-carte à present. Et bien sûr que je ne pourrais pas faire partie de ces braves qui iront prendre le taxi Jinja- Kampala. Donc je reste avec la minorité qui va rester là sans plan à attendre. C’est le moment où je me dis “Tiens ce serait cool.de croire en Jésus en ce moment. Maybe he can take the wheel for real. Une partie de la minorité  retourne faire la fête. Ah les riches! Ils ont des options. Mon option c’est dormir. Au moins il y a assez de place pour allonger mes jambes de côté. Et la je me fais un gros dodo.
Quand j’ouvre les yeux, je suis le seul dans le bus. Fuck! Fuck! Fuck! Je lève la tête et j’aperçois des gens qui avancent vers une source de phares. “Un autre bus? Je rêve ou quoi?” Je sors du bus et je cours. Je ne sais pas quelle heure il est mais je crois qu’il est 4heures. La musique donne toujours fort de l’autre côté.
J’arrive devant le bus. Je remarque qu’il y a personne dedans. Le chauffeur discute avec d’autres personnes. Il pleut toujours. Pas beaucoup mais quand même. Je suis la source des voix et qu’est-ce que je vois? Des mecs avec des pioches en train de creuser. Fuck my life right now!! Les pneus arrières enfoncés dans une rigole. Plus profond que le premier bus. Mais putain c’est quoi ça ? Je me dis calmement que la meilleure des choses serait de retourner me coucher. Du coup ça devient drôle parce que j’ai l’embarras de choix. Je dors dans quel bus ? Ça va les faire chier si je leur demande de m’ouvrir celui-ci pourtant il a plus de chances de s’en sortir vu que c’est là où ils mettent leur énergie. Mais bon, pas besoin de faire cher quiconque, je retourne dans le bus où j’étais. Et je me rendors.
Je me réveille quand des gens se disputent dans le bus. “STOP LYING!” Je reconnais la voix d’Ara. On avait commencé le trajet ensemble de Kigali. C’est un ami. Son siège était devant le mien. “Why would I lie? You are our customers. The bus just took the first group to Kigali. Another one is coming from Nairobi.” Je suis genre mais de quoi tu parles mec? Je ne sais pas si c’est un chauffeur ou un convoyeur mais il ment avec beaucoup d’allégresse que je me demande s’il est défoncé ou pas. C’est là je dis à Ara qu’il y  a un autre bus de la même compagnie coincé à 30m dans le tournant en face de nous. Ara ne me croit pas. Il pense que je délire comme le message en face de nous qui nous cajole.
Ees potes à Ara arrivent et on marche vers le bus B. Il pleut toujours. Pas trop mais quand même. On marche moins d’une minute et BAM! Les mecs explosent de rire dès qu’ils voient le bus incliné comme s’il était ivre à dormir dans le ravin. Ah le manager est là. Ouf!! Une lueur d’espoir parce que là je lui dis que j’ai plus d’argent et qu’il devrait me payer le bus retour. Il me regarde avec un air Kenyan comme si je lui avais fait une blague dans une langue étrangère au moment où il ne fallait surtout pas essayer de faire le malin. Il est à côté des mecs qui creusent. Là j’ai envie de dire qu’ils sont allés loin. Ils se sont trompés de carrière. Sans aucun doute. Je suis en fait du manager. Il ne dit rien. Un des potes à Ara, Didier, super mec toujours en train de vanner les gens me dit “T’inquiète! Viens on y va. Je te paye le billet.” On marche sous la pluie, dans la boue mais là c’est devenu carrément l’esprit du festival. Au fond ça m’a fait du bien de voir des gens aussi sales le troisième jour que je l’étais au deuxième. Ça m’avait vraiment embêté la vieille. J’avais la gueule du clochard et vu la situation dans laquelle je suis, ça m’a foutu la trouille cette image. Tellement que j’ai dû faire la lessive dans la source du Nil puis me baigner. Je portais un tee-shirt I Am Kigali mais putain c’est propre Kigali c’est pas moi qui allais tâcher son éclat. Il s’était passé pas mal de trucs dans ma tête la veille.
Donc nous voilà en marche. On arrive à l’arrêt bus à Jinja, Didier négocie le bus pour 10000 shillings chacun jusqu’à Kampala à condition que le taxi ne s’arrête pas. Le taximan est super content. Vroom on est en route. On est à six. Tous du Rwanda. À peine 1km, le taxi s’arrête. “Please allow me to pick my conductor” dit le chauffeur. “Noooo ee agreed…” ça fait des on-s’est-convenus contre des-s’il-te-plaîts mais je connais les ougandais. Ils s’imposent tranquillement dans leurs négociations jusqu’à ce qu’ils soient en position de faiblesse c’est à dire qu’ils ne gagnent pas d’argent dans le coup. Pendant ce temps, le convoyeur arrive. Il porte un ensemble kaki avec le pantalon enfilé dans ses chaussettes blanches. Il s’assied puis on reprendla route.
En entrant dans la ville boueuse de Kampala, quelqu’un appelle au téléphone. Un des mecs au siège arrière prend le phone et le passe à Ara qui est assis derrière mon siège. Il ne sait pas trop qui c’est jusqu’à ce qu’il réalise que c’est le manager. “Oh we go to Modern Coast in town you’ll come to pick us? In how long?” Il racroche puis dit “He said one hour you know by now…” Un autre soupir quand même.
On arrive au bureau de la compagnie et tiens je vois Tim. Tim c’est le mec qui m’avait vendu un de ses deux billets à la dernière minute. Je lui demande ce qu’il fait à marcher sur cette rue comme un habitué, il me dit qu’il est avec tant d’autres. Il m’explique que quand ils ont pris les taxis après que le premier bus se soit planté, ils ont pris des chambres près du bureau de la compagnie. Ah les malins !
Mais on ne descend pas. Apparemment on doit aller à une station Kobil et que c’est là où le bus nous trouverait. Ce qui me semble bizarre vu que les autres sont là. Mais bon, Didier est têtu. Moi je ferme ma gueule. De toute façon je ne peux prendre aucune décision en ce moment. Je suis pauvre. Mais je suggère quand même que ce serait mieux de nous poser là. Didier insiste et on se dirige à la station Kobil. On descend du taxi, les mecs mettent les sous ensemble et avec le sourire Didier tend l’argent au chauffeur. Le contrôleur le regarde et le crie dessus “Vous vous êtes convenus combien?” “We agreed 100,000.” Dit le chauffeur  “WHAAAAAAT?” On crie. Mais pas en même temps. Au fond je connais la confusion entre umutwalo (10) et Lukumi (100)  quand c’est traduit en anglais. Pour le taximan, c’était 100 mille forfait pour tout le trajet mais pour nous c’était 10 mille par personne. Le convoyeur se fâche. Pendant un moment on ne sait plus qui a plus de pouvoir. “Fuel alone is 60k!” Le convoyeur crie au chauffeur. Ah là c’est clair qu’il est le boss. On leur dit de se calmer, ils insistent pour qu’on rajoute. C’est là qu’on tourne le dos et on commencer à marcher. Finalement ils n’ont plus le choix que de prendre les soixante mille.
Après cet épisode on a tous faim. On prend des bodas et on va à la gare. Là on mange des katogo, des kikomando, on boit du thé. Je suis toujours sur le compte de Didier. Heureusement que c’est Kampala et que c’est pas cher sinon je pensais lui offrir certains services genre faire sa lessive une fois arrivés à Kigali mais je préfère le rembourser plus tard. C’est l’après-midi mais je ne sais pas exactement quelle heure. Puis je m’en fou! Après la bouffe on retourne à la station. Tout se passe bien. Oui!! Un troisième bus. Moins flamboyant que les deux enterrés dans la boue à Jinja mais bon. On rentre dans le bus. Toute la clique se met derrière. Les potes envoient des waragi. À peine en route, on crie déjà de joie.
Deux heures plus tard on se fait arrêté par la police à une station de contrôle. Je demande au policier assis tranquillement sur sa moto quand je vais aux toilettes, il nous dit que le bus a violé les heures de l’itinéraire. Du coup j’ai pensé au temps que le chauffeur du bus avait passé à expliquer au policier tous les périples qu’on a traversés mais je me suis dit, “Si j’étais le policier, je ne croirais pas un seul mot!” Puis ils sont connu pour leur imagination les chauffeurs de bus quand il faut s’expliquer.
A la fin, on le file une contravention de 200000 shillings, ce qui équivaut à quatre ou cinq billets Kampala-Kigali.
Le reste du trajet se passe bien jusqu’au rond poind de Kacyiru quand un policier nous arrête et nous demande si on est fous pour tenter de prendre la route de la présidence avec ce gros bus. En fait de Nyabugogo, je me suis mis derrière le chauffeur pour lui montrer la route vers RDB où il devrait déposer la plus part des fêtards. Mais en même temps je voulais en profiter pour qu’il me dépose au terminus de Kacyiru parce que j’habite en face.
Du coup je descends pour expliquer au policier au ton de garde présidentiel que le chauffeur ne connait pas la ville mais que je lui ai indiqué la route. Il a vu les blancs dans le bus, il a connecté avec RDB, c’était sans danger. Je dis ciao aux fêtards, je marche une minute et je suis chez moi. Il est presque minuit. C’est bientôt mardi.

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